Connemara de Nicolas Mathieu

Attention, avec Connemara nous sommes dans du lourd : Nicolas Mathieu signe là un grand grand roman réaliste et social, mais aussi un très beau texte existentiel, c’est brillant, une vraie réussite, un superbe roman total à la Flaubert, n’ayons pas peur des mots.

Ces 395 pages se lisent avec avidité et bonheur, cette lecture vous happe, tant dès le début la puissance addictive de ce livre est terrible. On est pris dans une sorte de vertige on voudrait mettre le pied sur le frein, profiter au maximum et avec lenteur de ces pages, mais voilà la fin de l’histoire est déjà là, et on ne l’a pas vu passer, il faudra y retourner, relire passages et chapitres pour en apprécier toute la saveur. Comme dans Nos enfants après eux, le roman s’ancre dans cette région du Nord-Est que l’auteur connaît si bien : Flaubert avait la Normandie, Nicolas Mathieu a la Champagnes-Ardennes. Hélène, la quarantaine, deux enfants, belle situation professionnelle comme on dit et qui a réussi sa carrière comme on dit, formée, peut-être pas tout à fait formatée, par des études de management et d’économie dans une école de commerce, retrouve Christophe qui lui est resté dans la petite ville de leur adolescence. Ancienne gloire locale de hockey sur glace, Christophe vend de la nourriture pour chiens, cela ne fait pas rêver, il est séparé et a un enfant… plus jeune il a incarné pour l’adolescente effacée qu’était Hélène LE garçon que l’on désire, un fantasme non assouvi, celui de sortir avec le beau gosse populaire et sportif du lycée.
Le roman va se dérouler entre cette histoire qui commence et les plongées immersives dans le passé : l’enfance enracinée dans un même milieu populaire et surtout l’adolescence, cette période où se décident les choix : partir, faire et réussir des études ou rester et reproduire peu ou prou la vie de ses parents. Nicolas Mathieu maitrise brillamment et en virtuose l’art de tisser les diverses temporalités, le roman navigue avec fluidité entre le temps présent du récit, celui de l’histoire naissante de Christophe et d’ Hélène, et le temps du passé, celui des trajectoires et de leur chemin de vie respectifs. En effet il s’agit aussi dans Connemara de remonter le fil des vies, de comprendre et d’explorer comment on en est arrivé là, à cette colère pour Hélène, à cette insatisfaction pour Christophe. Enlisés dans leur quarantaine, les retrouvailles tombent à point et à pic ces deux personnages : le désir renaît, la force révolutionnaire du sexe et de la nouveauté chasse l’ennui et les désillusions, c’est comme un appel d’air frais. Pour Hélène, il s’agit de revenir sur une frustration adolescente, le boomerang du passé la frappe en pleine face et va lui permettre de faire bouger les lignes de sa vie. Pour Christophe, Hélène représente peut-être un autre avenir, une autre vie possible, la possibilité de côtoyer un monde et un milieu social vaguement fascinants, lié au pouvoir et à l’argent. Dès le départ, les dés sont pipés….

Un des talents majeurs du romancier réside dans l’art de manier avec un égal brio le panoramique et le zoom : les scènes collectives -soirée en boîte pour les étudiants de commerce, fête dans les bureaux de l’entreprise, mariage du meilleur pote- se déroulent avec intensité et rythme, et toujours portées par la place octroyée aux détails. La fête de Noël dans l’open space ou le mariage du pote de jeunesse, c’est le bal au château de la Vaubyessard de Madame Bovary à la sauce 21°siècle ; le regard minutieux du narrateur est implacable dans l’art de pointer les comportements, de souligner là un élément d’une tenue vestimentaire, ici une expression qui en dit long. Ces détails permettent évidemment d’en dire long sur toute une réalité sociale : le Thermomix clou des cadeaux du mariage, le tube de Sheila qui amorce l’agitation sur le dance- floor, le goût d’un ballotin de haricots verts. Le monde social tout entier est contenu dans ces détails triviaux mais essentiels, et c’est la force du romancier de les mettre en valeur.

Comme Flaubert avec ses personnages, Nicolas Mathieu adopte également avec talent ce point de vue de romancier si particulier et surplombant : un point de vue oscillant entre la tendresse et la cruauté, un regard empreint d’une bienveillance ironique, ou d’une ironie bienveillante au choix. L’agacement et l’empathie se mêlent et se font concurrence, se succèdent selon les moments : regard au scalpel pour décrire les petits arrangements des uns, les concessions et compromissions qu’Hélène doit faire par exemple au travail mais aussi regard empreint de douceur pour évoquer des moments de la vie de Christophe, gentil mec qui essaye d’arranger tout le monde. L’ironie devient toutefois carrément féroce -et méritée- lorsque l’auteur décrit le petit monde des entreprises de consulting où bosse Hélène et qui font la loi dans ce début de 21°siècle, boîtes qui vendent des audit et du conseil bidon à coup de millions, le langage insupportable et débile du management à la mode qui va avec et le cynisme à toute épreuve qui l’accompagne. Tour à tour empathique ou désolidarisé Nicolas Mathieu est à la fois dedans et dehors, avec et loin de ses personnages, c’est très fort.

Côté narration, ajoutons enfin que ce roman fait un usage parfait de l’ellipse temporelle : l’ellipse qui tombe à pic et surprend, qui saisit au début d’un chapitre ou au détour d’une phrase pour souligner combien la vie a défilé, combien elle échappe aux personnages. On comprend alors que nous sommes déjà passés à un autre épisode, à une autre étape de vie : le divorce est consommé, le père est entré en maison de retraite, l’enfant a physiquement changé, il est bientôt ado. Le temps a opéré son saccage, c’est poignant et universel… la vie d’Hélène et de Christophe a passé comme passe la nôtre.

Dans Connemara, c’est toute la question de sa place au sein du monde et de la société qui est posée, et la question de ce qui fait nos vies, rien que ça. En quoi cette vie nous appartient-elle, que fait-on de la marge de liberté qui nous est octroyée? Dans ce vaste roman superbement incarné, les classes sociales se mêlent un temps, au gré d’une rencontre ou d’une chanson, histoire d’y croire un peu. La passion et l’érotisme auront été au rendez-vous, on aura cru à sa force de vie et à la joie de recommencer. Côté sexe Nicolas Mathieu réussit d’ailleurs des scènes d’anthologie, directes et crues, tendues, il se joue dans ces pages la joie et la vie à l’état pur, mais aussi des rapports de pouvoir qui se font et se défont… Au final, est-ce l’ordre des choses, le « chacun sa place » qui reprend ses droits? Certes, le temps de la chanson de Sardou, Hélène et les étudiants de l’école de commerce, ainsi que Christophe et ses potes restés au pays ont dansé sur la même musique, mais pour autant ont-ils perçue cette chanson de la même façon?
Le lendemain de la fête du mariage, Hélène part pour aller voter Macron, elle y tient, et elle laisse Christophe et ses copains à leur gueule de bois… pour eux voter n’est pas une priorité, les dirigeants ne sont pas de leur côté. Et on pense à la fin aux tristes retrouvailles de Frédéric avec Mme Arnoux… et à ce bilan mi figue mi-raisin sur le temps qui a passé, ce temps dont on ne sait s’il a guéri les choses ou s’il a creusé souterrainement la douleur…

Editions Actes Sud, 2021

Histoires de la nuit de Laurent Mauvignier

Dans ce roman monument, roman prouesse, roman fleuve de 650 pages, Laurent Mauvignier choisit paradoxalement de resserrer le cadre spatio-temporel : le temps du récit épouse le temps d’une soirée et le lieu ne changera pas. Nous sommes coincés, littéralement, dans une commune quelque part dans la France profonde, puis, par un resserrement progressif de l’objectif dans un hameau perdu de ce bourg, et enfin dans la cuisine de l’une des deux maisons habitées de ce hameau. Peu de personnages principaux également. Christine, artiste-peintre s’est installée là, loin des mondanités, pour y réaliser de grandes toiles colorées. Bourgogne, agriculteur bourru et massif, taiseux, accroché à sa terre, presque la cinquantaine, vit dans l’autre maison avec sa femme Marion et leur petite fille Ida. Marion, on l’apprend très vite, on ne sait pas trop d’où elle sort, plus jeune que son mari, du genre qui se remarque, qui sait se défendre.
Laurent Mauvignier aurait pu tirer une tragédie de son histoire. Mais nous ne sommes pas chez Racine, non, il s’agit ici d’une glauque histoire de règlement de comptes, d’une sombre histoire orchestrée par l’irruption dans ce hameau de trois frères prêts à tout, trois frères sortis du passé, de la dèche, de la prison et de l’asile.
Et puis contrairement à la tragédie classique, le temps de l’action ne correspond pas ici au temps du spectacle, c’est tout le contraire. Le temps est la matière même ou peut-être même la grande question, l’enjeu de ce roman, l’auteur l’étire, le distend, l’empoigne avec virtuosité et obstination, comme s’il fallait tout raconter de cette horrible soirée, tous les contours, les détours, les détails : ce n’est pas une histoire dont il s’agit ici mais bien d’ histoires, au pluriel, comme le souligne le titre. Une seconde mérite parfois d’être explorée par des pages et des pages, car une seconde contient un monde, contient plusieurs grands ou microscopiques évènements à la fois : comment embrasser par l’écriture cette seconde? Laurent Mauvignier est ce romancier presque fou mais si talentueux qui affronte cette plasticité du temps, au fil d’un scénario somme toute ténu digne d’un roman noir ou d’un thriller rural efficace.
Pour se saisir du temps, pour se mesurer à la temporalité, Laurent Mauvignier utilise les armes du romancier et en particulier la phrase : son déroulement, son débit qui décélère ou accélère, sa construction, son rythme. Il en explore toutes les possibilités – souvenez-vous le court texte intitulé Ce que j’appelle oubli n’était constitué que d’une seule longue phrase. Il sait aussi insérer les dialogues dans le cours de ses phrases, il tente des choses stylistiquement parlant, il joue et ose.
Ce roman rend presque dingue, tant l’auteur sait nous faire attendre, tant il n’en finit plus de décrire l’épaisseur du temps. On attend avec les personnages pris au piège, on attend avec Ida le retour de Marion du travail, on attend le dénouement, on en finit plus d’attendre et de lire. Mais rien d’ennuyeux dans ces 650 pages, on ressent au contraire avec intensité la tension et la pression monter au fil de cette soirée tragique. Le talent du romancier pour retarder le dénouement, telle une bombe à retardement, et pour se colleter à la densité du moment force le respect.

Editions de Minuit, 2021

Ce matin là de Gaëlle Josse

La femme qui tombe
C’est avec l’infinie délicatesse qui la caractérise que Gaëlle Josse suit la trajectoire de Clara, de ses rêves de jeunesse avortés à son effondrement 12 ans après, pour finir par sa lente renaissance.
Avec minimalisme, beaucoup de justesse et de tendresse pour son héroïne, l’autrice, qui est aussi poète, trouve les mots et les images justes pour dire ce que l’on nomme aujourd’hui par cet horrible mot à la mode un « burn-out », ce raz le bol qui vous terrasse un jour, ce « Je n’en peux plus », ce « Je ne PEUX plus », plus continuer ainsi une vie et un métier et une vie dénués de sens. Clara travaille depuis plus de 10 ans dans société de crédit, vaillante employée dévouée à son entreprise, et a remisé aux oubliettes ses désirs enfouis, ses aspirations de jeunesse. Pourquoi est-ce qu’un matin on s’effondre, pourquoi Clara craque-t-elle un matin, dans sa voiture qui ne veut plus démarrer? Sans doute, parce que l’épuisement, la mise au jour et la conscience du manque de sens de son existence, la dissonance psychique entre ce à quoi elle aspire et ce qu’elle fait lui explose tout d’un coup au visage et au coeur : son activité professionnelle lui apparaît alors dans toute sa vacuité et sa nuisance sociale. Ce court roman m’a fait penser au sublime roman de Vincent Message Cora dans la spirale, même si le traitement narratif et le style sont très différents : même thématique du travail qui bouffe la vie et les rêves, et qui tue à petit feu, rendant prisonnière d’une spirale, d’un fonctionnement qui devient insupportable.
J’ai vu que Gaëlle Josse est diplômée en droit et en psychologie clinique. Elle dédie d’ailleurs son livre « A tous ceux qui tombent ». Elle pourrait ajouter « ….et qui se relèvent ». Car Clara va se relever, retrouver élan et désir, mais au terme d’un long cheminement douloureux. Gaëlle Josse sait de quoi, elle parle, on le sent quand elle décrit les souffrances de la dépression : ces petits matins terribles, « tranchants comme des lames, mordants comme des crocs…. Ce sont des matins « ne me secouez pas, je suis pleine de larmes, il lui faut attendre la reprise du flux, chasser la tristesse, mais elle ne sait pas comment faire. » Elle comprend, elle a écouté ceux qui tombent ou même ressenti cela, qui sait?
L’autrice a su trouver l’angle qu’il faut, le bon point de vue : elle est à la fois Clara, tant elle sent au plus près les sensations et les douleurs de son personnage, mais elle est aussi son ange gardien, cette « main posée sur son épaule » qu’elle dit souhaiter être, on sent qu’elle l’accompagne, la soutient et la porte avec beaucoup de tendresse et d’empathie.
L’importance des amitiés, le séjour chez la fidèle Cécile dans une ferme, bien plus peut-être que de l’amour de son amoureux qui s’enfuit face à tant de détresse, le temps aussi, aident Clara à retrouver la lumière, à renouer avec ses désirs et à penser à elle-même.
Un très beau roman, fin et sensible, sur le sens de nos vies, et sur la connexion à soi-même.

Edition Notabalia, 2021

Les choses humaines de Karine Tuil

Les choses humaines est un récit très efficace qui saisit l’air du temps. C’est aussi un roman sur ce qui constitue tout simplement le cours d’une vie humaine : ses doutes et ses choix, ses passions liés au sexe ou à l’amour, et ses drames, ses erreurs et ses répétitions…
Claire et Jean forment un couple d’intellectuels parisiens. L’une est une essayiste dans la quarantaine, l’autre un journaliste de radio bien plus âgé qu’elle, animateur d’ une émission politique à fort audimat. Ils ont un fils qui a tout réussi jusque-là: Alexandre, jeune homme biberonné à l’injonction de la réussite et destiné à un brillant avenir. Claire est en train de refaire sa vie comme on dit avec Adam, un professeur d’origine juive, lorsque tout bascule : Alexandre est accusé d’avoir violé Mila, la fille d’Adam, dans des conditions sordides.

La première partie du roman, je l’ai lue comme une peinture sans concession, chirurgicale, d’un certain milieu parisien où se côtoient intellectuels, politiques et journalistes. Catherine Tuil sait transmettre grâce au style indirect libre ce qui traverse ses personnages, ce qui leur est singulier mais aussi ce qui les constitue en tant qu’être déterminé par leur origine et leur éducation. Elle parvient à capter leurs failles, leur complexité, leur densité. Seul le personnage de Jean Varel semble un brin caricatural, on va même jusqu’à sourire devant tant de suffisance et d’arrogance… quel être détestable, autocentré, obnubilé par son image et sa carrière, addict à twitter, à son petit pouvoir, et à son audimat… mais après tout ce genre de con doit sans doute exister. Et on verra par la suite que lui aussi possède ses zones d’ombre.
Et puis au-delà de ces personnages très contemporains, ce sont leurs -nos?- comportements qui sont épinglés, notamment à travers l’utilisation des réseaux sociaux et des dérives auxquels ils conduisent : culte de l’image, popularité, égocentrisme, lynchage médiatique et déchaînement de haine…C’est risible et triste, grotesque et pathétique.

La seconde moitié du roman, consacrée au procès d’Alexandre, est vraiment passionnante, haletante certes car tendue vers la sentence finale, mais aussi parce que chaque étape de l’événement apporte son lot de surprises. Le talent de la romancière, c’est d’orchestrer avec un vrai sens du rythme les scènes et les prises de parole de chaque acteur du procès : au fil de la narration, elle choisit d’être concise ou de rapporter les divers propos ou discours dans leur intégralité -le point culminant étant la défense de l’avocat d’Alexandre. Avec brio, la romancière balade le lecteur, comme peut l’être un membre du jury qui tente de se positionner entre les discours de l’accusation et de la défense, entre les témoignages des témoins et des proches, entre les pleurs de la victime et les paroles qui sonnent sincères de l’accusé. Toute la difficulté de juger, de trancher, est mise au jour. Qui a tort, qui a raison? Qui dit vrai, qui dit faux? Personne peut-être, et à la fin du roman nous voici tourneboulés, dans l’indécision et sans repères fix

Autour du sujet très discuté et rediscuté du viol, dans la mouvance de l’affaire Weinstein et des mouvements #Metoo et #Balancetonporc, Karine Tuil tisse un roman intelligent et magistral, un roman où rien n’est noir ou blanc, et où sont mis en valeur tous les points de vue : celui de l’accusé et celui de la victime, celui du père inconditionnellement du côté du fils, celui de Claire, mère et féministe à la fois, écartelée entre son amour filial et le doute quant à la culpabilité de ce dernier. Un roman qui laisse admiratif mais sans illusion et désenchanté quant à la nature humaine.

Ed Gallimard, 2019

Par les routes de Sylvain Prudhomme

Quel beau roman, fin, subtil et sensible! Un roman dont les personnages deviennent des amis, des compagnons qu’une fois quittés on a l’impression d’avoir côtoyés en vrai, et tellement tristes de les laisser : Sacha, le narrateur, écrivain qui vient s’installer dans une ville du Sud, où il retrouve son ancien ami de jeunesse qui ne sera jamais nommé par son prénom, mais juste par ce mot un brin désuet « l’auto-stoppeur », ou encore Marie, la lumineuse compagne de ce dernier et leur jeune fils Agustin.
Par petites touches, au fil du texte, on apprend quel a été le passé commun de Sacha et de son copain, pas grand chose, mais assez pour saisir la profondeur de leur amitié ainsi que ses difficultés. Car cet auto-stoppeur n’est pas homme facile, que ce soit dans l’amitié ou dans l’amour, on le devine aussi attachant et fascinant qu’égoïste et tourmenté. Il illustre à merveille la belle phrase à double sens de Cendrars : Quand tu aimes il faut partir. L’auto-stoppeur tente de concilier ses désirs contraires -et qui n’a pas ressenti cela?- : le besoin de se fixer, de vivre en sécurité auprès de l’être aimé, et l’envie irrépressible de bouger, de suivre son goût de l’aventure. Rester ou partir, rester ET partir plutôt, voici ce que l’auto-stoppeur tente de réaliser, en s’échappant par périodes sur les routes aux quatre coins de la France, puis en revenant auprès sa compagne et de son fils. Le magnifique chapitre central donne la parole à cet homme plutôt taiseux, donne certaines clés pour mieux comprendre sa soif de bougeotte contrariant son profond attachement aux êtres qu’il aime. En se confiant à son ami, de manière tacite, la suite de l’histoire se prépare… C’est comme une subtile passation de pouvoir dont il aura été question dans Par les routes, l’auto-stoppeur préparant sa disparition progressive, tandis que Sacha est autorisé à prendre de plus en plus de place auprès de Marie et d’Agustin.

Et hors champ que se passe-t-il, ailleurs, lorsque l’auto-stoppeur est en voyage? Qui rencontre-t-il? Que fait-il? Où va-t-il? Nous ne le savons que par bribes, grâce aux photos qu’il envoie, à ses cartes postales rigolotes, et aux indications de lieux. La toponymie française, les noms de villes et de villages jouent leur rôle essentiel dans ce livre, dans des listes souvent poétiques, qui surfent sur les sens et les sonorités, et on s’amuse à reconnaître les endroits que l’on connait, où l’on vit peut-être, et on se surprend à rêver et à imaginer les autres, autant de lieux où l’on pourrait vivre.

L’écriture de Sylvain Prudhomme est super agréable, aérée, faussement simple car tous les mots sont pesés. Les silences et les retour à la ligne favorisent avec bonheur la réflexion, la méditation et l’imagination du lecteur. A lui de se poser à nouveau les questions essentielles : que faire de sa vie? Comment concilier ses aspirations profondes et personnelles sans blesser et en protégeant ceux qui partagent notre vie?

Ed Gallimard, collection l’Arbalète, 2019.

La tentation de Luc Lang

Dans La tentation, il est question de cerf et de chasse, d’instinct de mort et de vie. Il est question de transmission familiale ratée et peut-être impossible entre François, chirurgien reconnu, et ses enfants Matthieu et Mathilde, qui le trahissent chacun à leur manière, mus par l’appât du gain ou par la passion amoureuse. Il est question enfin d’un monde ancien qui se perd dans la toute puissance et la violence de la finance et des faiseurs de fric. Un monde qui est le nôtre…
Luc Lang réussit là un roman extrêmement prenant, haletant et intense, un roman noir qui aurait pour cadre le milieu de la grande bourgeoisie, doublé d’ une tragédie familiale mûrie par l’incompréhension ordinaire entre un père et ses enfants, ainsi qu’entre un mari et sa femme foldingue et illuminée. Le vol de ce récit, tend, on le préssent, vers la catastrophe, vers cette longue scène finale extrêmement cinématographique en guise d’explosion apocalyptique de la violence contenue tout au long du roman.

Et puis, comment parler de ce texte sans vous en dévoiler ce qui fait la singularité de son architecture narrative?… il ne faut surtout pas que je vous gâche l’effet de surprise, la légère panique de lecture et l’impression déstabilisante mais délicieuse de se trouver complètement largué et dérouté lorsqu’on attaque la deuxième partie. Je vous dirai juste qu’au fil de ses quatre parties La tentation force à s’interroger sur l’essence même du roman et de ses possibles, ainsi que sur ce qu’est la réalité ou même la vérité.

Côté écriture on retrouve l’exigence stylistique qui signe les romans de Luc Lang. La précision géographique des lieux, l’attention portée aux activités humaines, aux gestes liés à la chasse ou à la chirurgie, donnent son côté matériel et sa dimension concrète à ce récit posant des questions existentielles et même métaphysiques. Le déroulé des longues phrases ressemble à ces vagues sur et dans lesquelles il faut s’immerger sans résistance et se laisser porter, et les dialogues empêchés par les silences font sentir toute la densité épaisse et lourde des relations familiales. Et j’adore enfin ces phrases en suspens, ces pensées se terminant par des points de suspension que le lecteur s’approprie et finit, s’immergeant dans le flux de conscience du personnage principal.

Avec La tentation on retrouve les sujets chers à Luc Lang – comment être époux, père, fils, face à des êtres familiers qui nous sont parfois les êtres les plus étrangers et les plus énigmatiques- ainsi que ce style travaillé qui fuit la facilité, mais renouvelés dans un écrin romanesque inédit qui surprend et saisit une nouvelle fois… C’est la force et le talent des grands écrivains.

Ed Stock, 2019.

Marcher jusqu’au soir de Lydie Salvayre

Stock propose une nouvelle collection sur un principe simple : un écrivain est invité à passer une nuit dans un musée. De cette « expérience d’enfermement dans un lieu où des oeuvres d’art sont conservées » il « écrit un texte ». Ici c’est notre chère Lydie Salvayre qui se prête au jeu et à la plume, en passant une nuit au musée Picasso en présence de l’exposition Picasso-Giacometti.
Le résultat est un livre drôle et profond, s’autorisant souvent le ton de la confession, un curieux objet littéraire plein de liberté au niveau formel, qui avance par sauts de puces ou de kangourous, un monologue s’autorisant digressions et propos du coq à l’âne, très jouissif à lire.

Imaginez. Voici notre écrivaine qui, après moultes hésitations et tergiversations liées à sa méfiance de ces panthéons de la graaaande culture que sont les musées, se retrouve toute seule pour une nuit, dans un silence d’église, avec pour seule compagnie son lit de camp, son petit ordinateur, la photo de sa chienne Nana qu’elle sort de son portefeuille pour se réconforter, et les oeuvres de deux des plus grands génies du 20ème siècle : Picasso et Giacometti. C’est d’ailleurs davantage pour ce dernier que pour Picasso que Lydie Salvayre relève le défi, nourrissant depuis toujours nous dit-elle une fascination sans borne pour L’homme qui marche.
Or voici que l’épiphanie tant attendue, l’illumination espérée due à la présence en fer et en métal de cet Homme qui marche ne viennent pas. Sidération. Désespérance. Page blanche. Lydie Salvayre n’éprouve RIEN, ne ressent rien, si ce n’est qu’ « une impatience inquiète sur un fond d’inexplicable tristesse et de vide cérébral ». En d’autres termes, comme elle l’écrit elle -même « à ce moment précis de la nuit, elle se fout de l’art« . Cette nuit sensée révéler à elle-même je ne sais quel secret sur sa relation à L’homme qui marche s’avère un vrai fiasco. Un échec total vraiment?

… Evidemment non – puisque le livre est là, sous nos yeux, en pages et en couverture-. Et le talent de Lydie Salvayre est de tirer de cet échec et de cette expérience du ratage un livre sur le thème du ratage. Et de surcroît un texte réussi et brillant. Drôle et enlevé, caustique parfois, plein d’auto-dérision, mais aussi profond, personnel et intime. Marcher jusqu’au soir s’avère quoi qu’en dise l’auteure tout à la fois une réflexion malicieuse et enlevée sur l’art et les musées évoquées comme des mausolées ennuyeux au possible et un bel hommage personnel à l’art. Un bel hommage à Giacometti, à l’homme et à l’artiste. Sont soulignées ainsi sa belle personnalité, sa « modestie » – le terme tient une place de choix dans le livre- modestie vécue comme un sens du perfectionnisme épuisant et jusqu’au boutiste, et qui s’opposent à la facilité de créer et à la confiance en soi d’un Picasso par exemple. Lydie Salvayre rappelle aussi combien cette sculpture de L’homme qui marche est une figure existentielle et métaphysique de sa propre obstination à avancer, toujours et encore, et donc à «  cheminer dans la vie jusqu’au soir  » ainsi que l’écrit Baudelaire.
Ce texte est d’ailleurs une jolie occasion, puisque la trame du livre suit un mode digressif très plaisant, de convoquer ses auteurs chéris : Baudelaire donc mais aussi Beckett – sur le thème du ratage il en connaît un rayon- , Virginia Woolf ou encore Rabelais.
Le talent de Lydie Salvayre c’est ensuite de tirer de ce soit disant échec un texte qui vire très vite à la confession personnelle, ce qui n’est pas, loin s’en faut, une habitude chez elle. De cette nuit passée à fulminer contre son incapacité à ressentir la beauté de l’art et à ruminer, va surgir chez la romancière son dégoût de la maladie et de l’approche de la mort. La peur de la fin est au centre du texte, un de ses fils directeurs, abordés avec franchise et sincérité. Vont surgir aussi de manière nette les événements biographiques qui font le lien entre la vie et l’oeuvre de l’auteure, « vérités essentielles liées à mon histoire et déterminantes au point de se refléter dans mes livres » : la gêne à se sentir vraiment à l’aise dans l’entre-soi des auteurs parisiens, l’humiliation ressentie à cause de ses origines sociales, la haine du père. Elle qui passe d’ordinaire tout à la moulinette de la fiction et n’a pas l’habitude de s’épancher dans ses livres se surprend ici à s’autoanalyser -elle qui a été psychiatre !- et « presqu’au terme d’une vie, regarder sa vie en face ».
Au détour d’un page, une phrase m’a sautée particulièrement aux yeux et à la gueule, une simple phrase qui pour moi, avec le terme « abjection » sonne comme une confession essentielle :  » Il me faudrait toute la vie pour pardonner à mon père une abjection que je taisais farouchement depuis des lustres ». Qu’y a-t-il derrière ce mot violent d’abjection, à nous de le deviner. En tout cas quelques pages méditées dans les toilettes du musée où notre prisonnière s’enferme donne un aperçu éloquent du climat de terreur dans lequel elle a grandi à cause de ce père dictateur, paranoïaque et violent.

N’en déduisez pas que Marcher jusqu’au soir est un texte plombant et mélancolique qui encourage le lecteur à ruminer des idées noires. C’est tout le contraire. Et, en guise de pirouette finale – Lydie Salvayre est une grande équilibriste du style et de la surprise-, lors d’une visite du musée Picasso de jour cette fois, la joie et le désir de vivre, la curiosité et l’enthousiasme envers l’art resurgissent avec force. Voici vraiment un livre qui fait du bien.

Ed du Seuil, 2019

La seule histoire de Julian Barnes

Comme la plupart des jeunes hommes, surtout ceux qui sont amoureux pour la première fois, il avait considéré la vie -et l’amour- en termes de gagnants et de perdants… Susan l’avait détrompé. Elle avait fait remarquer que chacun a son histoire d’amour. Même si elle a été un fiasco, même si elle a tourné court, ou n’a même pas commencé, a été entièrement dans la tête : cela ne la rendait pas moins réelle. Et c’était la seule histoire.
Grosse claque de lecture, voici un roman bouleversant, extrêmement sensible et élégant, superbement construit, comme on aimerait en dénicher plus souvent. La seule histoire suit la relation de Paul et de Susan, dans les années 70 en Angleterre. Paul a 19 ans, Susan 48, et pourtant leur amour naît comme une évidence. Susan quitte son mari violent, sans pouvoir toutefois divorcer, et part vivre avec Paul. Mais peu à peu les démons de Susan la rattrapent -l’alcoolisme et la dépression- et au bout d’une dizaine d’années, viennent à bout de cette belle histoire. Au fil de trois parties, le roman se présente comme une longue interrogation sur l’amour, sa nature et sa définition… pour en arriver à la conclusion qu’en matière d’amour on ne sait rien, sauf qu’on peut seulement le vivre.

C’est Paul qui raconte dans la première partie, il se souvient du temps où tout a commencé. Le point de vue est celui du jeune homme, celui qui a 20 ans, l’âge où on adhère à ce que l’on vit, sans distance. Dans l’égoïsme et l’étonnement du premier amour, Paul ne se préoccupe que de lui-même, tout à son enthousiasme, à sa passion, à ses découvertes du sexe et du plaisir d’aimer. Il est le roi du monde, vivant pleinement une relation hors de toutes les convenances avec une femme certes mûre et mariée mais sans grande expérience, qui se lance dans l’aventure avec fraîcheur et innocence. C’est le temps du bonheur, de la légèreté et de l’insouciance, et un humour très anglais, pince sans rire, ponctue le récit, épingle les travers des personnages et de leur milieu social, rend le tout super agréable à lire.
La seconde partie dépeint la réalité de l’amour : Paul apprend à connaître Susan plus intimement, il comprend alors qu’elle est alcoolique et très fragile. Le glissement des pronoms personnels du Je au Vous souligne que le narrateur fait un pas de côté, modifie le point de vue du récit, se décentre, pour tenter de se comprendre mais aussi d’accompagner et d’aider Susan. Paul éprouve à la fois la force et l’impuissance du vrai amour : de toutes les façons, en passant par toutes les étapes, qui vont du déni à la colère, il tente de soigner Susan, pour finalement s’avouer vaincu. L’amour à lui seul ne peut sauver l’être aimé, et s’épuise, se délite, à mesure que Susan se détruit. Cette partie est terriblement éprouvante, au double sens du terme : non seulement la situation du couple est bouleversante, mais on ressent les choses avec Paul, on se demande ce que l’on ferait dans sa situation, amoureux d’un être qui va au casse pipe. Partir, rester? Sauver sa peau ou accompagner jusqu’au bout?
Dans la troisième partie, Paul est devenu plus âgé, après Susan, il a mené sa vie sans engagement amoureux, bien à l’abri du séisme des sentiments. Julian Barnes opte pour la troisième personne alors qu’il s’agit du  temps de la réflexion et de l’introspection. Ce choix est très malin : la distance n’est-elle pas nécessaire pour revenir sur ce que l’on a été, sur ses choix de vie, ne faut-il pas se considérer un peu comme un autre pour essayer de se comprendre? Les affirmations, les croyances énoncées au début du livre -par exemple l’idée selon laquelle l’époque et le milieu social n’étaient pas importants – sont revisitées, redéployées, nuancées, soulignant de manière vertigineuse combien rien ne s’avère juste ou faux en matière d’amour.
Il se dégage de ce livre immense une tristesse et un désenchantement infinis, mêlés à beaucoup de douceur et de finesse. Par touches successives, sans jamais être lourd et barbant, Julian Barnes questionne sans fin ce sentiment de l’amour qui nous rend si vivants et si fragiles, à l’instar de Paul et de la magnifique Susan.

Mercure de France, 2018.

Le coeur blanc de Catherine Poulain

Les travailleurs qui font les saisons, routards et travailleurs à la marge, voici les héros du second roman de Catherine Poulain. Le sujet du coeur blanc  m’attirait, il est peu présent dans la littérature française… je suis entrée donc dans ce livre pleine de curiosité… Souvenirs passionnés de ma lecture adolescente des Raisins de la colère sans doute. Hélas, je sors de ma lecture ni emportée ni convaincue.
A quoi tient cette déception? Pour faire court, je me suis sentie à distance de ce petit monde : relations entre les personnages mal définies, souci de point de vue?  Les gars sont des prédateurs, les filles des victimes, de potentielles proies sexuelles éprises de liberté, oui bon c’est un peu court… Il manque comment dire une trame, une histoire forte dans ce roman qui part un peu dans tous les sens.
Et faisons simple l’écriture a un je ne sais quoi de maniéré et d’éthéré qui n’adhère pas au sujet, à ces gens brut de décoffrage, marginaux en tout genre, alcooliques, drogués, routards, immigrés souvent exploités -le roman se déroule je pense dans les années 70-…
Tout n’est pas raté pourtant loin de là. J’avais envie d’un roman social et rural, d’une écriture au plus près des corps pour dire les journées harassantes dans les champs et le soulagement du soir qui vient. Le coeur blanc ne déçoit pas à ce niveau, on sent dans l’écriture précise et sensorielle que l’auteure connait ce dont elle parle : la récolte des fruits sous la chaleur écrasante, les paysages provençaux  de l’arrière pays méditerranéen entre Gap et Montélimar, et surtout le monde des saisonnier où les femmes sont minoritaires. Catherine Poulain choisit de suivre ici Rosalinde et Mounia, qui incarnent chacune à leur façon ces nanas autonomes et courageuses au sein d’un univers très masculin. La liberté c’est ce qu’elles recherchent avant tout, liberté géographique, liberté amoureuse… mais leur vie itinérante s’avère très risquée, surtout lorsque viennent la nuit, et ses soirées alcoolisées au café du coin. On ne peut s’empêcher de penser à Mona, incarnée par Sandrine Bonnaire dans Sans toit ni loi d’Agnès Varda…   
Autre point réussi du livre (ouh là j’ai l’impression de faire une dissertation en trois parties là) : l’évocation de la nature, l’attention aux sensations -le soleil qui assomme, la fraîcheur de l’eau de la rivière, les variations du climat, les couleurs changeantes du ciel de l’aube au crépuscule-.
Il me reste donc à lire Le grand marin pour me réconcilier avec Catherine Poulain, au demeurant écrivaine atypique, au parcours si singulier.

Ed de l’Olivier, 2018

La vérité sort de la bouche du cheval de Meryem Alaoui

Moi, quand un homme me suit et que je suis bien concentrée sur comment je bouge, je pourrais sentir la pression de sa trique sur mes fesses. Les mecs, en général, je leur montre que j’en ai envie parce qu’ils aiment ça. Et nous, on aime quand ils sont contents parce qu’ils paient sans faire d’histoires. Et je sais de quoi je parle. Ca fait quinze ans que je pratique ce métier. Aujourd’hui je suis d’humeur à parler. Mais en général, je ne rentre pas dans les détails. Je dis juste que je m’appelle Jmiaa, que j’ai trente-quatre ans, et que pour vivre, je me sers de ce que j’ai.

La femme qui se confie ici n’a pas les mots dans sa poche, Jmiaa est une pute de caractère officiant dans un quartier populaire de Casablanca, elle vit seule avec sa fille, et bosse pour Houcine, son protecteur et maquereau. Autour d’elle c’est tout un petit monde haut en couleur que l’auteure met en scène, les copines, les gens du quartier, les clients -sa classification des hommes selon leur manière de coucher est d’ailleurs édifiante-. Le tout dresse un tableau des dessous de la société marocaine pas piqué des hannetons. C’est ma foi drôle, enlevé, plaisant, même si j’aurais aimé une écriture carrément plus novatrice, moins attendue, une reconstruction littéraire moins « littéraire » ou classique pour rendre la manière de s’exprimer et la langue de ce petit monde.
Ce registre disons très gouailleur et truculent, la verve et le caractère bien trempé du personnage permettent de mettre à distance le caractère absolument sordide des conditions de vie de ces prostituées, sans le masquer toutefois. Ce qui permet de tenir, l’addiction à l’alcool, aux cachets, aux joints, et la violence, sont souvent évoquées, mais l’air de rien, sans misérabilisme, cela fait partie du lot quotidien c’est tout. Le point de vue de Jmiaa tient en une phrase, non sans une certaine fierté et affirmation féministe : « il faut des couilles pour pouvoir faire ce travail. Et tout le monde ne les a pas ».

Le récit prend un virage à 90° lorsque cette héroïne de la vie devient une héroïne de cinéma, à la faveur d’une rencontre inattendue. Ce roman célèbre ainsi l’importance de la chance, du destin, des rencontres qui bouleversent le cours tout tracé des choses. En ce sens le récit ressemble à un conte de fée, le réalisme est mis à mal certes, mais pourquoi ne pas rêver parfois et croire à sa chance?
La vérité sort de la bouche du cheval prend résolument le parti de l’optimisme et de la débrouillardise, et le parti de la femme aussi. On aimerait que le livre soit lu au Maroc.

Ed. Gallimard, 2018