Vanda de Marion Brunet


Vanda c’est un prénom qui claque comme le mistral, pour un vrai et beau personnage féminin, une héroïne de roman et de la vie, fière, solitaire, à fleur de peau, un peu brutale. Une jeune femme habituée à se démerder seule, depuis l’enfance, à se battre et à ne pas faire confiance, à ne pas se donner entièrement, et surtout pas aux hommes. Une femme jalouse de sa liberté, qui préfère vivre dans un cabanon pourri sur une plage de Marseille plutôt que de louer un appartement plus confortable. Une femme à la limite de la marginalité mais qui fait des concessions aussi, il faut bien, lorsque tu travailles comme femme de ménage remplaçante dans un hôpital psy pour assurer le quotidien. Une femme et une mère aussi, dont la solitude s’arrête exactement là où commence l’amour pour Noë, son fils de 6 ans. Un amour dévorant, exclusif, infini. J’ai pensé à La route de Cormac Mac Carthy, à ce lien si fort entre le père et le fils dans un monde d’apocalypse, à cet homme qui n’a qu’une idée en tête : protéger son enfant jusqu’au bout.

Vanda c’est une écriture : concise, sans fioriture inutile, mais charnelle, visuelle, sensorielle. Une écriture où l’art du détail permet de te plonger dans une ambiance, un lieu, une réalité sociale. Qui donne à voir et à sentir, en quelques mots, un corps, un visage et qui permet de se retrouver dans l’intimité des personnages, dans leur corps et leur esprit, grâce à un subtil usage du discours indirect libre.
Une écriture qui ne cesse de surprendre, qui te met devant le fait accompli. Et ça commence dès le premier chapitre, dans le blanc entre la phrase qui finit un paragraphe et celle qui démarre le suivant, quand tu découvres dans le duvet à l’arrière de la voiture, le petit garçon de Vanda, qui dort là lorsqu’elle sort la nuit. Stupeur mêlée d’un zeste de jugement : te voilà face à la manière de vivre de Vanda, dans sa vie.

Roman noir, roman social, Vanda, comme L’été circulaire, évite le piège de la lourdeur, ce texte ne donne pas de leçon. En suivant Vanda, c’est le monde de la galère et de la débrouille, le Marseille d’un milieu social à la frange que tu côtoies : celui des artistes qui n’ont pas réussi ou bien des employés non-titulaires, abonnés aux contrats précaires. On sent que Marion Brunet sait de quoi elle parle, elle connait ces gens, ceux qui sont partis, et ceux qui sont restés, parfois en colère, parfois désabusés, aux illusions derrière eux.

Vanda est un roman tendu, à la trajectoire incertaine, qui te tient jusqu’au bout dans l’attente d’une tragédie annoncée dont on ne devine pas le dénouement et à laquelle on ne veut pas croire, avec Vanda. Rien d’attendu. On imagine plusieurs fins, plusieurs scénarios, on espère. Oui, jusqu’au bout j’ai espéré avec Vanda, je croyais à la chance et au bonheur avec elle.

Albin Michel, 2020.