Encore vivant de Pierre Souchon

Premier roman de Pierre Souchon, qui ceci dit a déjà sa petite réputation en tant que journaliste au Monde diplomatique et à l’Humanité. On l’a compris, le gars n’est pas de droite. Mais il ne s’agit pas de politique dans ce récit, encore que…  les sujets abordés dans Encore vivant -l’hôpital psy, le choc des classes sociales, la fin de la paysannerie, la transmission entre génération- ont a voir évidemment avec la politique. Et Pierre Souchon ne se prive pas pour le faire sentir -les piqûres de rappel ne font pas de mal- dans son livre.
Le narrateur , double déguisé ou à peine de l’auteur, est interné dans un service psychiatrique pour une crise maniaque. Il n’a pas dormi de trois jours,  et la police l’embarque au petit matin, vu qu’il est en train de gueuler à cheval sur les épaules de la statue de Jaurès. Va se dérouler à partir de cet événement le fil de sa jeune vie  … marquée par un tangage épuisant entre dépressions et  pétages de plomb. Marquée aussi par le grand écart entre l’attachement au milieu paysan cévenol d’où il vient et le côtoiement de la grande bourgeoisie à laquelle appartient la femme qu’il aime. Marquée par un héritage familial fort, dont les figures tutélaires, grand-mères et grand-pères, vont être convoquées, et leurs vies revisitées.
Pas d’inquiétude, vous ne trouverez aucun apitoiement sur soi-même dans ce texte, pas de face à face frontal et manichéen non plus entre le gentil cévenol pauvre qui a réussi et la jolie fille riche née avec une cuillère d’argent dans la bouche. Car Pierre Souchon sait passer de l’émotion au rire, il sait toucher le lecteur mais également renverser la vapeur grâce à pas mal d’humour, beaucoup de verve,  et de drôlerie. Le narrateur manie avec talent l’auto-dérision, et possède l’art de croquer ses personnages … Lucas, un patient parano au dernier degré,  Victor, le père de sa chérie, catho réac, un poil raciste et nostalgique de la monarchie mais avec qu il blague beaucoup, et entretient une belle complicité qui dépasse son marxisme cévenol. Le père du narrateur revêt également une place privilégiée dans ce récit, personnage adorable, protecteur, présent.
Et puis, Pierre Souchon fait passer dans son texte une énergie folle. Oui c’est avant tout l’énergie et la liberté de son écriture qui m’ont frappée et emportée. Energie dans les dialogues, le rythme, énergie dans la narration, ça pète, ça fuse, ça embarque. Bref le tout est extrêmement vivant, avec son auteur, encore et toujours vivant.

Ed Le Rouergue, 2018

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