La vraie vie de Adeline Dieudonné

La vraie vie, c’est celle qu’on se choisit.

La vraie vie…. voici un roman étonnant, légèrement déjanté, où le sordide et la cruauté se mêlent à une légèreté assumée. Un récit sur l’enfance confrontée à la méchanceté crasse des adultes, sur la violence ordinaire des familles, mais aussi sur le peps de la jeunesse et son étonnant pouvoir de résilience.
La jeune narratrice présente d’entrée sa famille qui n’a rien à voir avec la famille Ricoré. Dans la tribu des fous je demande la mère,  « amibe effarouchée », terrorisée par son mari, obsédée par le jardinage et l’élevage des chèvres miniatures…. Je demande aussi le père, chasseur et collectionneur de trophées entassées dans les « chambres des cadavres », abruti sans nom qui tabasse à l’occasion sa femme. Je demande aussi le fils, le petit frère Gilles, protégé et adoré par sa grande soeur, qui va hélas se transformer en ado bête et méchant, suite à un tour du destin.
Car un jour la mort s’invite dans la vie des deux enfants, à l’occasion d’un accident qui ferait rire s’il n’était pas meurtrier, je vous laisse le soin de le découvrir, il fallait y penser. Dès lors Gilles n’est plus le même, la mort est entrée en lui, personnifiée par la hyène empaillée qui trône dans la chambre des cadavres, il devient de plus en plus taciturne, torture son hamster puis les animaux du quartier. Tout l’enjeu de cette histoire sera de savoir comment la jeune soeur  réussira à extirper la mort de la maison et du cerveau de Gilles, s’il le faut aux forceps ou à coup de barre à mine.

Voici un roman singulier qui plonge tout à la fois dans un univers complètement familier, celui d’un lotissement moche, avec ses villas moches, et dans un monde fantasmagorique où les adultes sont des ogres ou des sorcières menteurs et dangereux. La narratrice est une Gretel ou un petit chaperon rouge en mode enfant de la middle class des lotissements Bouygues, mais une super héroïne, courageuse, volontaire, enfant précoce passionnée de physique quantique. Le père est un barbe bleue en mode harceleur, sadique, as de la violence conjugale. Le prince charmant est là aussi, en mode champion de karaté tatoué beau comme un dieu et hésitant à tromper sa femme. La vraie vie se lit comme un conte initiatique, parsemé d’épreuves à surmonter, et telle l’héroïne des Oies sauvages de Andersen, la jeune soeur est prête s’il le faut à cueillir à mains nues des orties pour sauver son frère.
Adeline Dieudonné ose le pari du roman à suspens avec toutes les ficelles du page turner, ménageant des effets de surprise vraiment imaginatifs. Elle ose aussi le décalage et la drôlerie, dans un univers d’une violence inouïe. Les adultes ne sortent vraiment pas grandis de ce livre qui met en valeur l’énergie et le courage de la jeunesse  cherchant à s’extirper des déterminismes familiaux et sociaux. Un premier roman étonnant de la première à la dernière page.

Ed l’iconoclaste, 2018

 

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