Histoire du fils de Marie-Hélène Lafon

Histoire du fils, c’est l’histoire d’André, fis de Gabrielle, né au début des années 20. Un enfant confié dès sa naissance à sa tante et son oncle maternels, dans le Lot, alors que sa mère vit et travaille à Paris, mère-célibataire comme on disait alors.  Un enfant, et l’on hésite sur les mots, négligé, abandonné, mais aussi peut-être protégé et accompagné par une mère farouchement secrète qui n’a ni le temps, ni l’envie de s’en occuper, de l’éduquer, de l’élever…pas la fibre maternelle quoi. La générosité et la solidarité familiales feront le reste. Et André grandira avec et autour de la place vacante du père, ce vide « vertigineux ».

Mais Histoire du fils c’est aussi et peut-être surtout l’histoire de la mère, ou plutôt d’une femme, qui se veut justement une femme libre avant d’être mère. L’histoire du fils est un drame, une tragédie douce, tout en retenue, murmurée et contenue, l’histoire en creux d’une passion violente, celle d’une vie, celle éprouvée par Gabrielle pour un homme bien plus jeune qu’elle, Paul, inconséquent et inconstant,  un homme qui n’est pas à la hauteur d’un tel amour, pas à la hauteur tout court…. Marie-Hélène Lafon ne s’attarde pas sur les explications psychologiques ou sentimentales, quelques mots, quelques silences entre les phrases laissent comprendre la teneur de ce qu’a vécu Gabrielle….C’est son type d’homme, elle le sait depuis longtemps ; elle sera déchirée, comme jamais encore elle ne l’a été, c’est le prix à payer, le prix de l’ivresse.
Histoire du fils c’est l’histoire d’une femme qui choisit la solitude pour vivre jusqu’au bout une relation à sens unique qui s’avèrera finalement stérile et avortée. A la mort de Gabrielle, la  découverte de son appartement parisien, méticuleusement rangé et propre, décrit à travers les yeux de son fils, laisse deviner une vie modeste et presque austère, et la porte se referme sur le mystère intime de cette existence. On pense à Une vie de Maupassant : Gabrielle est la version en négatif de Jeanne, la mère qui ne se laissera, elle, jamais emporter par son amour filial.

Dans ce texte magnifique, chaque mot est pesé, choisi méticuleusement, la littérature se fait ici travail d’orfèvre ou de précieuse broderie. Quel travail délicat de styliste, Marie-Hélène Lafon excelle pour peindre les détails qui font tout, qui en disent long, les choses vues, les parfums, les gestes furtifs. Marie-Hélène Lafon est partout totalement engagée dans son livre, pleinement présente, dans ses choix d’écriture, son exigence perfectionniste.
Marie-Hélène Lafon, on la devine aussi dans tous ses personnages, elle les habite sans se confondre avec eux, car Histoire du fils  ne se veut évidemment pas une autobiographie. Mais Marie-Hélène Lafon est une fervente admiratrice de Flaubert, comme lui, elle se dévoile et se cache dans ses ses personnages. Elle est Paul, dans ses origines auvergnates, dans ce bout de Cantal dont il est originaire. Elle est André, dans son intelligence et dans son goût et ses dispositions pour les études, dans son désir de retrouver ses racines, ses origines. Elle est peut-être et surtout Gabrielle, cette femme qui choisit Paris, qui a suivi son propre chemin,  elle est dans cette vie faite de silence et de pudeur, dans cette femme qui « a le goût du secret », qui ne s’épanche pas, et qui assume ses choix. 

Editions Buchet Chastel, 2020

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